TEVA à la Villa Datris : Transmuter

Bibliothèque Géographie de la mémoire

Teva est une relique d’une traversée passée qui, depuis la Villa Datris où elle est exposée jusqu’au 1er novembre, dans le cadre d’Odyssées contemporaines, interroge nos temps présents.

Noé vogue vers l’espoir d’un monde meilleur sans retour possible. Mais, du monde englouti, il emporte, les vivants, les purs et les impurs, ses croyances, et ce qui le constitue. Il attend qu’une terre soit de nouveau habitable. Il vogue vers une refondation.

Mais comment recréer un monde différent à partir du même, comment changer le monde que l’on transporte en soi ? Le hasard a voulu que Teva et deux autres expositions auxquelles je participe ces mois-ci se répondent autour de ces questions.

La Bibliothèque Géographie de la Mémoire, exposée au centre des Arts de l’École Internationale à Genève dans le cadre de Piece of Love jusqu’au 30 octobre, matérialise ce que nous retenons aujourd’hui du passé. Composée de tiroirs, de livres travaillés, d’œuvres reproduite religieusement, figées dans leur souvenir et d’autres désacralisées, réinterprétées en œuvres palimpsestes. Elle montre comment le passé reste actif dans le présent. Idéalisé, figé, il rejoue les mêmes ressorts en les amplifiants, illusion de mouvement, approfondissant l’impasse. Digéré, il devient tremplin.

Car le passé recèle des futurs qui n’ont pas toujours été accomplis. Depuis quelque temps, cette idée a pris pour moi une forme concrète. Je me ressaisi d’œuvres oubliés, paralysées ou simplement en attente pour les remettre en mouvement. J’ai ainsi repris et transformé des palettes de peintures que je conservais depuis 1995. Ces oeuvres seront montrées pour la première fois à partir du 22 octobre à Paris dans l’exposition de Kreëmart Les provocateurs de la consommation expérimentale.Elles s’inscrivent dans ce que j’appelle le Futur /ɛɡ.zo.se/ (future exhaussé ou exaucé), partir de ce qui était resté en suspens pour faire advenir le futur qu’il contenait en puissance.

Quand Noé foule la terre nouvelle, il n’est pas arrivé. Il poursuit un mouvement qui ne s’achève jamais tout à fait. Comme la Terre tourne autour du Soleil,
comme la lecture de la Torah qui chaque année arrive à son terme et reprend, comme elle le fait ces jours-ci, nous repassons par les mêmes points, chargés ce que nous croyons avoir quitté en espérant avoir progressé.

Dans quelques semaines nous relirons la portion de la Bible qui raconte Noé, la terre engloutie et Teva qui vogue avec l’oiseau et nous jusqu’à toucher terre. Le même récit, chaque fois lu depuis un autre présent. C’est dans ce présent, avec tout ce que, désormais, nous comprenons, que se joue notre capacité à nous exhausser.

Palette Calque 10 détail
Nature Morte 1
TEVA nid
Publié le 05/10/2026