de Call In à Call Out | libérer

Assaf s’est assis sur une chaise face au mur dans un coin et a commencé à jouer un accord très lent et un peu triste. Je me suis mise à marcher doucement autours du cocon, Assaf a sifflé une ou deux fois,  avec un temps entre ses sifflements et j’ai ramassé  les fils rouges uns à un pour les tendre aux participants de cette cérémonie.

J’ai fait le tour de l’ombre, Assaf jouait toujours cet air mélancolique en sifflant. Certains fils trop courts obligeait ceux qui les tenaient à s’approcher. Tout le monde se taisait, faisant jouer le silence avec les notes de la guitare.

Quand tous les fils ont été distribués ou plutôt quand chacun a eu un fil,  Assaf toujours dos a la scène a sifflé comme un oiseau puis s’est tu. Le silence cette fois était total. J’ai tapé dans les mains et tous ont tiré. Je n’avais. moi, pas pris de fil. Je tremblais sans pouvoir m’arrêter. Je me suis collée au mur sans pouvoir controler mes genoux qui s’entrechoquaient. Le cocon s’est balancé dans tous les sens il volait à droite et à gauche, emmenant l’ombre dans sa danse. On n’entendait que le choc « cristallin » des morceaux de verre frappant le sol. Il fallu plusieurs minutes pour qu’il se calme et se recentre. En écrivant ceci les larmes me remontent aux yeux. 

Assaf s’était retourné, sa chaise faisant maintenant, face au nid. Il a encore attendu quelques secondes qui ont semblé des minutes et a repris son accord, très lentement il s’est levé. Le tempo a légèrement changé, du fond de son corps, de sa voix grave et basse, il nous a offert une chanson d’amour, d’ombres et de devenir. Il a commencé à se mouvoir et faire très lentement le tour du nid. Arrivé en diagonale de la porte, sans hâte, il a obliqué vers elle. Quelqu’un a compris et lui a ouvert la porte. Il est sorti. 

Nous sommes encore restés quois. J’avais, avant le début de la cérémonie, demandé à chacun de méditer sur ses transformations, j’imagine qu’ils étaient loin en eux. Ils sont, finalement, sortis de cet endroit inconnu et ont applaudi. 
Assaf est revenu et ils l’ont applaudi encore plus fort.
Tous ont été prendre des morceaux de verre tombés au sol, peut être pour retenir l’instant déjà passé. Mues du cocon, souvenirs, traces de cette émancipation collective.

Je récupérais moi, les fils rouges dont certains avaient déjà été témoins des Passages à l’âme en 2013. Ils soutenaient alors les radios des Cris, appel au monde pour son salut, et faisaient face à un oiseau portant son nid sous son aile, qui symbolisait nos mères intérieures qui nous permettent de nous sauver nous même. Trois ans plus tard ces fils ont libéré le cocon pour le mener vers le nid de Call Out.

Eli m’a dit à la fin de la cérémonie qu’il avait été inquiet du pouvoir de destruction que je lui avais confié par ce fil. Qu’il répondait a un fantasme que beaucoup ont face à la fragilité. Mais s’il avait tiré seul sur le fil il n’aurait qu’agité le cocon et fait tinté les fils de verre ensemble. 
C’est la volonté et l’action  commune qui a permis de dépasser ces limites. Et de destruction il s’est transformé en libération car telle était notre intention.

Notre pouvoir est grand et nos responsabilités aussi. 

Cocoon shadow's Photogram

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