Yama – 7 – Devenir Spectateur

Quand les lumières se sont rallumées,  je ne voulais plus partir. J’avais, pendant 4 jours fait corps avec le théâtre le décor et la danse. Le noir profond et velouté, les lumières chaudes et mouvantes tapissaient mon nid.A l’issue des quatre jours de répétition sur scène, où Noa et Rina ont construit des tableaux, associé les lumières, ajusté les transitions, coupé et réorganisé les scènes, une certaine forme de vérité s’est figée dont nous verrons la magie sur scène dès le 4 février.La tâche avait semblé insurmontable, le décor était un monstre que nous devions apprivoiser, pour le faire danser avec la scène, les lumières, les danseurs. Rina et Noa suivaient un fil que je ne voyais pas toujours, novice que je suis.À la fin du du 1er jour, Ran, le compositeur et moi étions répartis inquiets, l’histoire nous semblait encore à écrire.Le deuxième jour, la technique avait mobilisé toute la matinée. Il y avait tant de choses à revoir, à comprendre. Nous étions avalés par le temps, il allait nous rejeter nus. Mais le soir nos prières et le travail des mois précédents nous avaient pris par la main, soufflés à Danny, le directeur technique et son bras droit Yaacov, le moyen de saupoudrer de magie la chorégraphie de Noa.Le troisième jour nous murmurions pour ne pas risquer de perdre notre chance. La musique se créait en même temps que nous nous en nourrissions. Mes mots allaient être intégrés, il me fallait trouver le ton. De nouveau, Le soir plus rien ne fonctionnait : la musique, la lumière, les décors et les danseurs portaient une petite di-synchronie, ce qui m’avait transportée la veille devenait ennuyeux. Alors Noa, Rina et Dani, jusqu’à 3 heures du matin ont réinventé, remodelé, réorganisé toutes les scènes, le matin il y avait encore plus de possibilités.

Le dernier jour, quelques heures avant le dernier galop d’essai nous étions de nouveau dans le noir. Les danseurs, vaillants soldats, mettaient leurs corps au service de Noa durant ces longues heures de réglages. La tension étaient palpable, physique. le temps d’un ajustement lumière, d’un pas de deux, d’un léger saut, d’un déhanchement, quelques rires, les claquements de doigts repris par tous au rythme de la musique, facétieusement les danseurs nous rappelaient leur jeunesse, leur amour de la danse et du rythme. Les discussions, dans l’urgence, n’étaient plus qu’en hébreux. Je devenais étrangère, la fatigue me prenait. J’observais d’ailleurs, de dehors, ce qui se créait, me séparant, abandonnant la peur du vide. Je suis devenue spectatrice.

J’espère que vous le serez aussi bientôt. Je vous attends les 4 et 5 février à Tel Aviv.

PS Lien vers Vertigo

Yama - On stage